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Qui n'a pas rêvé d'une cabane au fond des bois ?

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Jeudi 5 février 2009
- Publié dans : Nanofictions

En joie du silence, vers très tard.

 

J'ai sans doute failli quelque part pour qu'ainsi tout me semble reptation entre nous. Ce ne sont pas des luttes, ce ne sont pas des combats, nul n'attrape l'autre par la gorge. Non. Seulement une danse de reptiles aux pas glacés. Deux iguanes escaladant la table, deux iguanes posés dans le salon, deux iguanes postés près de la fenêtre et qui regardent le ciel percé. Deux iguanes roses de cette espèce nouvelle que l'on vient de découvrir dans l'archipel des Galapagos ou peut-être bien ici car il me semble que des mers séparent maintenant les quartiers de cette ville.

 

J'ai récemment constaté une suspension dans cette saloperie pleine d'algues qui remue tout le temps devant la fenêtre, une ponctuation de son allure. Les cargos arrêtaient leur progression, cette espèce d'hésitation d'une image qui tremblote, un vieux film qui déraille. L'hélice à demi hors de l'eau frappait l'écume comme s'il s'agissait de lui donner une forme et surtout de la lui faire garder. Coûte que coûte. Où sont donc parties les bonnes choses ? Un convoi de Minéraliers les cales remplies de fadaises que l'on transporte au-delà des mers pour les déverser sur des plages en pollution de sentiments, verroterie minable et guère échangeable contre quoi que ce soit, à part de sirupeux et collants mensonges tropicaux bien sûr.

 

Il me semblait pourtant que les mots, et moi qui les aime tant, avaient un sens mais il se révèle que répandus à la volée dans l'urgence de l'instant ils peinent dans leur course. Ce ne sont pas des vaisseaux dirigeables. J'aborde leur limite c'est-à-dire qu'ils ne sont que cela et rien d'autre. Ce ne sont que les restes d'insectes morts ou peut-être mués, métamorphosés, ces enveloppes desséchées de grillons que l'on retrouvait quelques fois dans l'angle des fenêtres des lieux où nous passions nos vacances d'été. L'Epeire Diadème est passée par là aspirant la moelle du chanteur estival, Reine infaillible d'une toile qu'elle seule sait faire vibrer. Toute la ville me semble désormais prendre l'allure d'une réserve animale inquiétante, tordue. La cité s'en peuple et dans cette nouvelle hiérarchie l'espèce obstinée mais sans destinée des iguanes est devenue la nôtre.

 

« Bienvenue dans notre Parc Naturel inscrit au Patrimoine Mondial de l'illusion. ».

 

Chaque fois que nos bouches s'entrouvrent c'est pour déverser leur pesante soupe au goût fade et frelaté. Les yeux regardent sans voir, la parole me rappelle ce vieux buffet de famille inutile, pesant, celui dont je ne sais que faire et que pourtant je garde car il me rappelle des choses disparues. Et puis surtout ce que l'on mettait dedans car - ah oui - ses placards étaient si grands. Boîtes de biscuits odorantes saupoudrés de sucre glace, aiguilles à tricoter entourées d'un vieil élastique, étui en métal de cigarettes Craven A offert par un soldat Américain en remerciement de lui avoir lavé sa vareuse, petits mots griffonnés au dos de photos par des ancêtres dont le rire a encore une place quelque part - mais où cela vraiment on ne sait pas -.


Les phrases tombent par blocs. Mais surtout, il n'y a rien dedans. Nous ne sommes pas là et pourtant je nous vois lapant les assiettes. Et entre deux lapements le regard écœurant de reptiles lorgnant lentement vers la fenêtre. Œil vide d'Iguane rose sur l'horizon dégagé.

 

Je suis pris à mon propre piège.

 

Il me semble que tout remonte au mensonge fondateur d'une société par lui programmée à s'écrouler. Un mensonge mythique, une faute primordiale. Je disais « Rien n'est vrai », j'aimais le répéter et donc tout se dilue. Les poignées de portes me restent dans les mains. Je vois les murs dégouliner leur substance, couler, envahir le salon. Ceux qui passent ici ressentent la maladie dont je suis atteint mais sans en deviner la source. Pire que tout, il y a à nouveau des taches sur le parquet. Et puis ces rêves. Par exemple celui où j'ai été reconnu coupable. Au moment d'être décapité (j'ai le souvenir de la force des mains qui me tiennent par les coudes et me poussent en avant sous la lame) je demande à pouvoir écrire un mot à mes fils. Je l'écris sur un papier trop fin avec une mine de crayon trop grasse. Les mots sont impossibles à former, le papier crève, il se déchire. Et puis cet autre, je suis dans la cour de l'immeuble de mon enfance. Un chien - peut-être un Berger Allemand - vient rôder près du banc où je suis assis. Lorsqu'il lève son museau vers moi je vois que ses yeux, globes blanchâtres, sont aveugles. Et puis cet autre, une maison dont il ne reste que les quatre murs. Elle n'a plus ni toit, ni rien à l'intérieur. Je me tiens juché sur les décombres, je regarde le ciel découpé par la dentelure des murs. Quelqu'un parle dans mon dos, inaudible, des mots qui ne dépassent pas la consistance d'un magma.

 

A la vérité écoute. A vif ta peau future brûle en ces journées livides. Ton épiderme est gonflé de cloques rosâtres. Ce sont des fleurs malignes dont l'éclosion nourrit un soleil pressé de te consumer. Protège-toi s'il te plaît. Protège cette peau. Aie foi en cette vie. Elle sera ton bon vaisseau toute cette traversée.


 




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