Dans l'immeuble d'en face un appartement reste toujours allumé une bonne partie de la nuit. Il y a un chien enfermé en permanence sur le balcon et ses aboiements me réveillent quelques fois. C'est une sorte de Rottweiler au pelage couleur d'araignée, même de là je vois briller ses crocs. Le chien tourne en rond sur le balcon il va et vient entre une niche ressemblant à une maison de poupée, toit de plastic orange délavé couvert de dégoulinures de guano, et la baie vitrée qui donne sur l'inaccessible salon. Derrière la vitre je peux voir une silhouette de profil, un homme assis à une table, sa forme constellée des taches grises que l'écran de TV invisible vient jeter sur lui. Il reste immobile les nuits entières de mois entiers. Seul bouge de temps à autres son bras lorsqu'il approche de sa bouche la cigarette qu'il serre entre ses doigts.
C'est comme une anomalie de l'espace, une distorsion de la nuit. Ce chien est son chien. Ce n'est pas une bête sur laquelle on tombe en pleine forêt, c'est-à-dire une espèce inconnue avec laquelle on doit partager l'espace, négocier le partage des ressources en eau, définir des territoires dont les frontières se baseront sur les odeurs - non - SON chien. Un chien acheté pour se protéger des Autres car les Autres conspirent de noirs desseins ou peut-être bien pour échanger des regards complices lors des allées-venues entre la cuisine et le salon, une part de pizza à la main. Mais voilà, rien, il ne s'est rien passé, rien de tout cela. Le chien reste sur le balcon, aboyant frénétiquement lorsqu'il prend fugitivement conscience de cette injustice lunaire. Il ne se jette jamais sur les Autres pour déchiqueter leur chair. Il n'échange jamais un regard avec l'homme dans le salon. Il ne fait qu'errer dans un mélange de salissures et de sable apporté de la plage par le vent. Puis il se couche dans la maison de poupée et se relève inquiet, aboyant dès que quelque chose dans la nuit se met à craquer ou à siffler, ou à tinter, claquer, crier, heurter, glisser, ou même simplement à rire.
Cela dit, qui voudrait d'un monstre aux crocs de Titane gisant sur son canapé ? Qui veut se rendre compte un soir qu'il a sciemment ouvert sa porte à l'une de ces perfections biologiques qui parvenue à l'ultime stade de son évolution est devenue une arme dont le canon pointe vers soi ? Personne, et c'est ce qui a dû se passer pour lui. Lorsque cet homme est revenu avec son Rottweiler à la maison il était déjà trop tard. Le chien a ouvert la gueule, ses crocs de métal se sont mis à luire tel des rasoirs parfaits, l'homme s'est dit que peut-être l'animal ne ferait pas de différence entre les Autres œuvrant à de noirs desseins et lui-même, qu'il se jetterait sur eux comme sur lui. Donc il a enfermé le monstre sur le balcon et l'affaire a été réglée une bonne fois pour toutes. Naturellement l'accès à l'extérieur s'en est trouvé définitivement condamné. Au début c'est un peu dur puis je suppose que tout se fait sans heurts ni évènements particuliers. Le dehors s'oublie, il se distille, prends l'allure d'une liqueur, devient une nostalgie violente et ambrée qui déborde brusquement des placards lorsque parfois leurs verrous tombent. Seules restent les provisions de cigarettes, la joie de posséder des stocks de marchandises, le sentiment presque apaisant d'une catastrophe à venir dont on sera le spectateur, les atermoiements, les tentatives pour oublier l'erreur funeste de cet achat déraisonné, recherchant vainement le cheminement logique qui présida à cette décision. Et puis les aboiements du chien qui déchirent la nuit, les séances à se retourner dans le lit l'œil tourné vers le lampadaire qui luit dans les ondulations du rideau, feignant un battement de paupières. Aussi les rêves stupides d'un Autre bout du monde. Un monde sans chien rôdant sur le balcon, sans crocs ni cris, sans aboiements rauques, sans grondements de gorge.
Et c'est ainsi que l'on en vient à craindre ce que l'on avait acquis dans le but qu'il nous protège. On expérimente un avenir de peur, qui peut se représenter comme un paysage d'hiver parsemé de neige, d'arbres morts, d'étangs gelés où courent des vents griffus portant les aboiements d'une meute infatigable qui ne cessera jamais de nous poursuivre, assoiffée de mordre nos membres glacés. Cela devient un plateau d'échecs dont toutes les cases sont occupées par des pièces sans valeur. Une pirouette distordue, chapitre arbitraire et non numéroté d'un récit inachevé. Un peu comme si nos vêtements après nous avoir réchauffé devaient nous cuire, comme si la maison qui fût protectrice se révélait être un cachot, comme si n'importe quelle plage de temps libre devenait une peine à purger dans l'errance. Sans même un Autre bout du monde. Sans même un morceau de quoi que ce soit.
! Go home ! Disent alors les cauchemars étouffants. A l'intérieur tout un tas de symptômes inutiles dressent leur inventaire, hautes trahisons sauvages. Douleurs dans la poitrine, (cela forme un rail de métal qui la traverserait). Sphères amères dans la gorge de la taille de boules de bowling, sensation d'étouffement derrière le palais, impression de resserrement de la bouche, assèchement de la langue, confusion dans l'utilisation d'objets quotidiens (comme par exemple allumer l'une des plaques électriques, poser la casserole sur une autre et puis attendre une demi-heure en se demandant pourquoi cela ne cuit pas), difficulté à articuler certains mots, pertes de mémoires au sujet d'évènements récents, incapacité à retrouver certains objets, mots dits pour d'autres mots, faire tomber des choses, se cogner aux portes, être étonné de leur présence.
Lorsque le chien n'aboie pas alors je peux dormir. Depuis des années dans mes rêves ou peut-être l'apparence d'un, une araignée suspendue à un fil incassable fait du yoyo au-dessus de mon front. Je ne sais pas si elle veut le mordre ou quoi d'autre. Ses mouvements sont brusques, désordonnés, comme si autre chose, au-dessus, donnait l'impulsion à son mouvement. Au début il m'arrivait de chercher à la repousser, comme çà avec la main, dans le noir. Mais ce n'est pas un monstre. Elle ne demande rien. Elle n'exige rien. Elle tisse quelque chose dans l'obscurité, elle suit son instinct et son instinct est un plan savant. Le jour je la cherche en vain. Je voudrais en savoir plus sur elle, voir son visage en pleine lumière, comprendre un peu ses intentions. Bien nous n'ayons échangé aucunes paroles, je pense que nous avons fini par sympathiser, ou tout du moins, que nous sommes alliés dans cette vie, ou alors complices d'un monde secret. On peut le dire comme çà.
***
Je me suis encore réveillé cette nuit. Le chien de l'homme aboyait mais c'était différent cette fois. Il y a eu cet aboiement et un autre, puis un autre encore. Et d'autres aboiements qui s'enchevêtraient, toujours de nouveaux aboiements, aussi rauques, enragés, encore un autre, toujours un autre. Les cris bondissaient à l'assaut des murs oh oui ils bondissaient, cette rue n'était plus rien d'autre que la chambre d'écho de gueules hurlantes. L'araignée qui me caressait le front est partie se terrer dans un coin de la pièce. Je ne voyais que ses petits yeux, des perles me fixer sans ciller depuis le dessous de la plinthe (les araignées n'ont pas de paupières). Je suis allé regarder à la fenêtre et là sur MON balcon, j'ai vu un Rottweiler qui aboyait, bave moussant sur ses babines. Et puis regardant en face, là, et là, et encore là, partout, où que je regarde, quel que soit l'appartement et son balcon, la fenêtre du salon en était illuminée, et une silhouette derrière la fenêtre regardait dehors. Tout comme moi, ivres de sommeil, toutes différentes et pourtant si semblables que l'on aurait pu nous empiler et n'en former qu'une. Et sur chaque balcon, de loin en loin des choses cognaient, indéfinissables explosions sourdes, et c'étaient ces Rottweiler qui tous, babines de muqueuses tachetées tremblantes et retroussées, sans relâche, qui tous, frappaient leurs têtes contre les vitres pour les faire éclater.
Je me suis assis par terre au milieu de la chambre. L'araignée est ressortie de son nid, elle a trotté sur le parquet jusqu'à moi. Elle s'est lovée dans ma main. Elle tremblait.
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! go home ! Rottweiler :
Godflesh / Messiah
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(L'Araignée et moi) :
Brian Eno / Spider And I
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Le mensonge est une pièce vide. Le mensonge est un reptile. Le mensonge est une peau de serpent. Froide, glissante, une neige gluante. Horizon polaire pressé de fondre dans une heure stagnante. On se réveille dans son froid en se demandant pourquoi. Autour de soi pourquoi. Pourquoi pourquoi. Pourquoi le mensonge agit comme une lumière tordue. Avez-vous déjà vu des êtres qui errent et marchent et titubent avec leurs silhouettes qui se tordent comme sous l'effet du vent ? Et aussi ces impressions au bord de l'œil que l'on ne voulait pas retenir ? Par lâcheté manifeste (la grande affaire) et souci du bien paraître aux anniversaires noyés ? C'est comme cela. Le mensonge. Tout peut fonctionner à partir du mensonge. « Putain çà marche ! » dit le savant fou en appuyant sur le bouton. Il agit comme un ciment. C'est une énergie durable, renouvelable, inépuisable. La matière n'a pas de morale particulière. Les atomes s'en tapent de vos probabilités de vérités. Des nébuleuses tiennent debout sur la seule force du mensonge. Univers légendaires nés d'une force ancestrale et qui pourtant se désagrègent au toucher. Le mensonge est un système avec des lois, des procédures, des règles de vie, des récompenses, des cérémonies, des chefs, des acolytes, des larbins et une police de la pensée. Soi. Et tout cela comme un Antimonde. Le mensonge est chétif, ses poings sont lourds, ses coups appuyés. Le mensonge est une pièce emplie de miroirs et qui tous, du même geste esquissé devant eux, reflètent un point de vue différent. Le bras se lève, mille bras se lèvent, tous différents, dans toutes les directions. Ainsi que les mots qui vont avec, se prononcent à l'envers, oublient leurs lettres, s'égarent ailleurs, et ne pointent jamais nulle part. Le mensonge est une stratégie inextricable, il crée des échos de lui qui se répercutent sans fin pour justifier sa naissance. On se sent sale. On vit sale. Un horizon d'ordures. Une décharge emplie de sentiments, d'impressions, qui toutes, sont les brisures acérées d'un miroir brisé. Non recyclable. Le mensonge est un plateau d'échecs où toutes les pièces changent de couleur et de place et de valeur selon leurs caprices. Le Pion prend une attitude Cavalière, le Roi agit comme un Fou, la Reine s'enferme dans sa Tour. Le mensonge est une porte qui résiste et derrière laquelle on entend des rires. Des chuchotements. Des murmures. Des pleurs ou alors non peut-être simplement le vent qui courre derrière. Un vent factice, tempête de théâtre. Le mensonge est une énigme posée par un Sphinx tordu. Un visage avec un œil plus bas que l'autre. Une bouche édentée. Le mensonge est un type aux traits fripés qui souhaite une bonne journée à un visage dans le miroir qui ne lui répond pas.
Le mensonge c'est escalader pour la millième fois une montagne de boue. Vivre dans le mensonge est une épreuve de vérité. Le mensonge est une pièce vide dont tous les meubles ont disparus.
La famille Martin et le mystère quantique de Denver
(Une fable du chaos)Il y a bien longtemps de cela, j'ai lu et relu un livre qui me terrorisait.
Il me fascinait aussi, car la terreur peut quelques fois susciter une forme de délectation. On y trouvait une photo accompagnée de cette légende : « Le 7 Décembre 1958, Kenneth Martin, sa femme, et leurs enfants disparurent en Oregon en allant chercher un sapin de Noël ». Le livre insistait sur le caractère exceptionnel de cet évènement.
En soi toute disparition est un Mystère. Si l'on y réfléchit un peu, on ne voit pas pourquoi certaines disparitions seraient banales et d'autres Mystérieuses. Disparaître, ne plus être là, est par nature un Mystère insondable. On s'en accommode car on finit par oublier l'anomalie propre à toute disparition. Mais le Mystère n'en demeure pas moins, tache tenace sur le mur de notre espace intérieur. On peut frotter et frotter encore. Elle ne s'efface jamais complètement et Il nous faudra désormais composer avec.
Cette photo m'obsédait à de multiples points de vue. Bien entendu l'idée que cette famille ait pu vivre un destin tragique y était pour beaucoup. Mais c'était aussi - bien plus profondément quoique de manière insidieuse - pour le fait qu'ils m'offraient l'image d'une Mystérieuse normalité. Tassés sur leur canapé, leurs corps avidement accolés les uns aux autres ils se fondaient en une masse de sourires, de bras, et de jambes. C'était une famille parfaite. Une famille Mystérieusement parfaite. Dans cette photo la normalité tout autant que l'exceptionnel participaient à la tragédie.
Le fait de s'appesantir sur n'importe quel document suscite non seulement une foule de questions mais opère fatalement des changements dans les plus banales certitudes. Il n'y avait dans cette photo rien d'autre que l'archétype familial des années cinquante. Papa, Maman, les enfants, le salon, le canapé (peut-être vert émeraude ou bien rouge carmin), les sourires, sans compter le cadre au mur avec les photos de famille. Pourtant, en poussant le regard dans le retranchement de son acuité, de nouvelles impressions émergeaient. De chaque sourire semblait irradier des grimaces de douleur. Toute posture révélait des contraintes physiques. Chaque visage semblait avoir subi une mutation dérangeante et Mystérieuse, symptôme d'une maladie inconnue.
Mais de toutes ces anomalies, la plus étrange venait de la prise de conscience de la signification de cette feuille de papier que Kenneth Martin et son épouse tenaient entre leurs mains. Car sa présence était à la source de tout un réseau d'implications. Un examen rapide du cliché pouvait en effet laisser supposer que les Martin avaient été pris en photo lors d'une réunion familiale. Mais si tel était le cas, pourquoi avait-on pris la famille en train de lire un papier quelconque et non pas en train de regarder l'objectif, regard perdu dans un bonheur argentique ? Et pour quelle raison regardaient-ils tous si avidement cette feuille ? La seule explication plausible était que l'on avait voulu les prendre en photo AVEC ce papier dans les mains, que d'une certaine manière le sujet de cette photo était le papier lui-même et le fait qu'ils le lisent.
Mais si le sujet de la photo était ce papier, alors qu'y avait-il d'écrit dessus ? Quelle nouvelle pouvait susciter ces sourires avides, ces regards pétillants de noirceur, cet enthousiasme que l'on perçoit dans le visage du fils prodigue ? Sans doute une immense nouvelle concernant la famille Martin. Quelque chose de crucial pour eux tous. Je veux parler de leur prochaine disparition.
C'était un avis officiel émanant de quelque officine gouvernementale souterraine. En termes simples et clairs, dans le style concis des administrations efficaces, on leur expliquait qu'ils avaient été choisis pour disparaître à tout jamais. Tout y était détaillé par le menu. Le rendez-vous dans un désert du Nevada. Les affaires à réunir. Les dispositions à prendre. Le long voyage hors des repères, du temps, des certitudes. La conduite à tenir en cas de rencontre avec une civilisation extraterrestre. Le sapin qu'il ne fallait pas oublier d'acheter avant de venir au rendez-vous.
Leurs sourires montrent qu'ils n'avaient pas peur. Ils avaient confiance dans le voyage. Ils étaient enthousiastes. Ils savaient que l'Univers fourmille de formes de vies. Ils ne craignaient pas l'inconnu. Ils établissaient sans même se le dire, par la seule force de leur connivence familiale, tout un écheveau de correspondances intimes entre ce voyage, la configuration génétique de leur parentèle et la résonnance mathématique de leur environnement. Ils sentaient que chacun de leur pas futurs serait une nouvelle harmonique dans le réseau des cordes du possible.
Je gardai le livre longtemps à ma portée pour lire et relire cette histoire jusqu'à l'oublier. Je veux dire jusqu'à faire disparaître ce sentiment d'étrangeté à sa lecture.
Mon visage se mit à changer, déformé par la vitesse acquise dans les courbes temporelles. Le temps passa fait d'années toutes de couleurs différentes.
Lorsqu'il stoppa net je me trouvais à Denver, Colorado.
Août 1980, un dimanche. Difficile de préciser lequel vu que le calendrier qui traînait par terre ne comportait que ce jour, répété et répété. Dimanche, dimanche, dimanche. La chambre de l'hôtel donnait sur une impasse. Une sorte de canyon étroit dont le fond débouchait sur une rue inaccessible. Il m'arrive encore de retrouver cette sensation du soleil qui s'y engouffrait, la fine poussière comme un sable farineux qui flottait en soulevant l'odeur des poubelles. La brique chaude dont les nuances ocre évoquaient la chair des gâteaux. Je me rappelle l'impression de lumière comme d'une déferlante qui vient éclabousser les murs. Aussi de cette ombre repoussée dans des angles inaccessibles. D'une quiétude de désert urbain. De l'apaisement d'une ville en attente de ses habitants. Dimanche quelconque. Eté divers. Le long des façades s'ouvraient de petits gouffres où quelque chose comme le contraire du vent, chétif et noir, se recroquevillait en un goudron glacial.
La Bible Gideon des voyageurs était posée sur la table de nuit. Une lampe de chevet au bout d'un long cou fragile éclairait le radiateur de fonte. Rideaux pesants. TV de cendre. Pas de cadran sur le téléphone de bakélite.
Lorsque j'en avais assez de regarder la chambre j'attrapais l'appareil et je prenais des photos. Ensuite je partais les développer. Trottoirs de laque blanche et voitures garées en épi. Une aile bleue et une autre grenat, devant le drugstore. Grillages de losanges et auvents de cinéma. Lettres rouges entourant des manques. Piquets de parcmètres, vitrines vides exposant des poussières. Et puis je revenais très exactement sur mes pas, cherchant à respecter dans les dessins des dalles de ciment quelque chose de fondamental. Dans ma tête, où celle d'autres qui sait, « le chemin D'E.N.V.E.R. ». On parlait de dépotoir spatial en ce temps-là. Des satellites se crashaient dans les rues, écrasant sous leur carcasse radioactive des teenagers acquis pourtant à la cause de l'avenir, yeux bleus bordés de cils en ondulation d'herbe folle. On pouvait aussi voir les fréquences radios, et même se prendre les pieds dedans. C'était des sortes de bandes verdâtres encombrées de messages en nuages de points. Elles traçaient des diagonales à l'oblique des rues. On se sentait tout le temps convalescent de quelque chose dont personne ne souhaitait parler.
Quand je revenais à l'hôtel la fille de la réception disait « han-han yep han-han ». Je demandais ma clé elle disait toujours « han-han yep han-han ». Ce n'était pas sa bouche qui disait cela, c'était ses bras. Moquette du hall couleur de viande cuite, ascenseur grillagé, cabine de bois vernis. Une fois refermée la porte de la chambre je brossais soigneusement les particules solaires tombées sur mes vêtements. J'étalais les photos sur le lit. Je les étudiais une à une.
C'était des univers gigognes. La chambre me contenait et sur le lit la photo contenait la chambre. Je me demandais souvent laquelle des deux était une représentation de l'autre. La fenêtre ouverte, surexposée de lumière, dérapait sur le papier. Je pouvais m'abandonner à ces lieux figés devenus maintenant, ailleurs. Il me semblait qu'une fois le cliché pris tout devenait maîtrisable. J'entrais dans la photo. Je me perdais dans ses arrière-plans comme dans les allées dans un jardin merveilleux.
Je me rappelle qu'en inspectant ce cliché j'ai fini par remarquer quelque chose dans le fond. Presque invisible. Une espèce de tache pataugeant dans l'émulsion photonique. Je désignai l'anomalie d'un trait rouge. C'était comme une silhouette tout au fond de ce canyon. Une silhouette comme l'esquisse d'un homme.
Les moyens techniques de l'époque n'étaient pas ceux d'aujourd'hui. Je faisais chaque jour tout un tas d'allers-retours entre la chambre et le studio de développement pour agrandir cette tache, donner corps à sa matière diffuse. Les traversées du hall de l'hôtel subissaient des transformations que je qualifiais d'aplatissements. Les vêtements de la réceptionniste changeaient de couleur, passant de l'infrarouge à l'ultraviolet. Sa silhouette se démultipliait en une foule d'avatars et de nuances, de poses annonçant les prémisses d'autres poses. La décomposition d'intentions dans la grande contingence évolutionniste. Je finis par la surnommer la géante rouge, où la naine blanche, selon l'humeur. Des formes assises dans les fauteuils s'étiraient en un décalage spectral. « Le Redshift de Denver » pouvait-on lire sur des prospectus jetés à terre. Un effet des objets en expansion superluminique, la tête d'un côté, le corps très loin, quelques fois dehors, voir une à deux rues au-delà.
Plus j'agrandissais la photo et plus les déplacements jusqu'au studio rapetissaient en nombre de pas. J'en tenais le compte afin de ne pas me tromper. Il arriva un moment où je pouvais garder un pied sur la moquette de ma chambre tout en posant l'autre devant le comptoir du magasin pour attraper le paquet de clichés que l'on me tendait. Les gestes devenaient précipités et leur répétition si prévisible que l'on pouvait engendrer la fin avant même le début. Le timbre des voix s'altérait à frapper l'air ténu, si peu chargé en molécules.
La lumière n'était pas dupe. Elle ricochait dans les rues en formant des mirages anéantissant toute distance. Chaque carrefour devenait flou, probable, infranchissable. Le coefficient d'albédo de tout objet tenu en main approchait la barre fatidique du 1. Je baignais dans un halo de blancheur. Le hall de l'hôtel était un puits de lumière.
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Lorsque je parvins au dernier stade de l'agrandissement de cette tache, l'amas local dessina une silhouette humaine complète. Je ne cessais de scruter la forme floue de sa tête, de faire la mise au point du poudroiement de son être. C'était une existence en ombre de nuances grises. Un univers a lui tout seul, amas globulaire soumis au mirage gravitationnel. Forme imprécise accrochée à la pellicule d'argent, tel ces galaxies de flocons laiteux dans le drapé du ciel. Il ne savait pas que je l'avais photographié ce jour-là. C'était comme un vertige. Il n'avait pas senti sur sa peau la morsure de l'appareil qui le dépeçait de son enveloppe. Si tel avait été le cas, peut-être son souvenir aurait-il pris la forme d'une légende dans son univers. Quelque chose que l'on se passerait et repasserait de génération en génération. Il me sembla pendant une ou deux secondes prendre conscience que toute l'illusion du flash de notre Big-Bang n'était peut-être rien d'autre dans nos esprits que le souvenir transfiguré de ce photographe qui nous a tous immortalisé sur sa pellicule il y a bien longtemps.
C'est dire à quel point tout n'est que cliché.
Emboitement d'illusions efficaces. Théories Circulaires qui se démontrent en se démontrant. Se justifient en se justifiant. S'interpellent en s'appelant d'un même nom, pariant sur notre désarroi et l'envie de croire coûte que coûte.
Je me demandais ce qu'il faisait là ce dimanche. Le legs de son double ne m'apprenait rien de son mystère. Je me suis perdu dans l'énigme de cette vie qui marchait sur le trottoir, profil aplati d'un être vivant.
J'échafaudais tout un tas théorie, la plupart fondées sur un cannibalisme galactique, l'une d'elle posant pour préalable que cette silhouette n'était autre que la mienne en train de me rendre au studio de développement afin d'y prendre livraison des clichés agrandis. Elle était basée sur la tendance à l'individuation des amas et le fait que tout le monde souhaite un jour devenir célèbre. « Ce que la contingence sociale ne peut offrir, les accélérateurs de particules le donneront. » scandait une publicité de l'époque. Une sorte d'Etrennes de la physique Quantique.
Tout l'éventail des autres théories supposait le coutumier Barnum du vivant et la Grande Parade de ses formes apocryphes. Les décalages du Temps étaient tellement profonds que je pouvais poser une question un jour et ne recevoir la réponse que bien des années plus tard, dans une sorte de présentation sous forme de comédie musicale.
La télévision bourdonnait dans mon dos tandis que je me perdais dans l'écosystème de cette silhouette. La passion des arrière-plans se mit à envahir tous les avant-plans. Je pouvais me perdre dans les films, abandonner le fil des intrigues, cesser de regarder les personnages qui luttent pour leur vie tout au bord de l'écran. Mon œil recherchait les silhouettes hâtivement dessinées à l'arrière-plan. Vieillard prostré sur un banc. Fille qui marche mains dans les poches de son imperméable, avec ses cheveux qui frappent le vent. Garçons piétinant l'eau d'un caniveau. Couple bras dessus bras dessous qui se regardent. Silhouette entraperçue de dos, immobile devant une vitrine opaque. Profil figé. Galaxies au tournoiement incertain, amas globulaires à la course énigmatique, pépinières de vies fugaces dont la vision fugitive me mettait en émoi.
J'en étais à ce point lorsque marchant je tombai sur le bouquiniste. Silence blanc. Soleil. Il gardait sa porte ouverte. Trop chaud à l'intérieur dans l'odeur acide de la pulpe qui se décompose en poussière. Un fatras de livres tentait de s'enfuir sur le trottoir (ciment blanc nervuré fendu de loin en loin par une herbe rase et jaunie). Là s'empilaient de vieux numéros d'Amazing Stories, Astounding Stories, Planet Stories, Thrilling Wonder Stories. Et le bouquiniste maigre, chemise blanche à manches courtes, tempes rases et grises, cou fripé cramoisi, lunettes d'écaille noire était un modèle parfait années 40 élevé en fût de pulpe.
Sourire. « Z'auriez pas des ballades galactiques en stock par hasard ? ». « Que çà. Fouille mon gars. Là, et puis là. Te gêne pas ». Ces secondes d'amitié comptaient pour des années. Son menton pointu vers moi « Z'êtes pas d'ici ? ». « Zeta Reticuli. ». « Sacré trotte ! », hochant la tête à l'unisson de son enseigne.
Dans l'écroulement des livres je retrouvai un exemplaire de celui qui m'avait terrorisé, peut-être le mien, tombé là par-dessus bord du ciel. Je le feuilletai et lus cette phrase. « Le 23 Août 1980, A Denver, Colorado, la famille Martin réapparut en plein midi. Il fût possible de les y voir, l'un ici, l'autre là, accaparés par le silence des lieux. Nul n'a jamais su ce qu'ils avaient fait pendant tout ce temps. ».
Le signet qui marquait la page était une carte postale. Elle avait été écrite par Kenneth Martin et signé de toute la famille.
« Tout va bien.
Temps merveilleux. Les enfants s'en donnent à cœur joie. Nous nous trouvons actuellement dans le champ profond d'une galaxie d'or, de cuivre, et de nacre. La semaine dernière nous avons fait un saut quantique à Denver. La ville a bien changé. Les vents interstellaires y sont plus secs qu'avant. La gravitation limite les promenades. Tout est blanc. Comme dit mon aîné, « Plus nous voyons loin et plus nous ne voyons rien ». 12 milliards d'années en arrière et le sapin n'a toujours pas perdu une seule de ses épines. Encore et encore ces mêmes objets du catalogue NGC. Pas de soupe initiale. Pas de grand fracas. Répétition de patterns semblables, motifs en dentelles opalescentes, rubans et galons de nébuleuses à l'abandon. A ce propos, Martha nous a tous tricoté une écharpe avec des bouts de ciel dont personne ne voulait. Cela nous tient bien au chaud ! Lacets de matière diaphane jetant leurs ponts entre d'obèses pépinières stellaires. Tout ressemble à la nourriture d'un géant. Nous butons sans cesse sur les catégories d'Aristote - je ne sais vraiment pas pourquoi - incapables de sortir de nous-mêmes, d'envisager autre chose. Les enfants n'aiment pas çà, Martha non plus. N'importe quel télescope devient une extension de notre œil. Fait à son image il ne peut rien voir d'autre que ce que nous lui avons appris à voir. « Toute perception d'un Univers ordonné est une projection mentale, pensée fractale, rêve récurrent » comme dit ma petite Suzy avant de s'endormir le soir.
Les valises sont prêtes.
Que va-t-on faire de tous ces souvenirs ?
Quittons le système d'Antarès et partons la semaine prochaine pour visiter Cygnus Cygni.
Amitiés ! »
Les Martin n'ont jamais reparu dans leur maison en Oregon.
Je me demande ce qu'ils ont fait du sapin.
X
XXX
XXXX
Convoquer les démons est un passe-temps comme un autre.
Cela ou autre chose, trier mes papiers, rédiger le courrier en souffrance. Je glisse des lettres sous la porte de la pièce du fond. Un jour elle tombera par terre, un raz-de-marée de plaidoiries à demi-écrites, procès à demi-instruits, peines et non-lieux à demi-envisagés. Il suffit de détourner la tête pour vivre dans un autre monde. Il suffit d'entrer dans une autre pièce pour absoudre l'existence de celle que l'on vient de quitter. Il suffit de nier. Mollement. Personne ne torture personne au nom de chimères périphériques. Il suffit de changer de trottoir pour ne plus voir l'ombre. L'idée que l'on ne peut pas échapper à son procès est bien entendue fausse. On peut y échapper. Le problème vient du fait que l'on fait souvent le choix d'en poursuivre l'instruction dans l'espoir d'un verdict à son avantage alors qu'il serait plus sensé de parier sur l'abandon de la procédure, la perte des pièces, le naufrage des archives. En fait, on s'invente son propre jugement dernier dans un tribunal de carnaval en pariant sur sa propre sagacité de pacotille.
Il m'arrive de chuter sur la correspondance de faits sans liens de causalité qui relancent tout. C'est alors le branle-bas des convocations, l'ordinaire judiciaire de ma cuisine bien rangée. Par exemple le fait que l'enceinte gauche de ma chaîne stéréo fasse d'horribles craquements le jour où mon oreille gauche déborde d'acouphènes. Par exemple le fait que je reçoive un courrier de ce connard de l'agence immobilière me disant que l'engagement de mon garant n'est pas un original mais un faux, le jour où moi-même je me sens faux en tout. Je vais le lui dire d'ailleurs. « Mais voyons c'est normal gros con, tout est faux. Vous et moi. ».
L'idée de transporter cette enceinte me pèse, l'idée d'écrire ce courrier me pèse. La vie c'est 90% d'intendance dans l'espoir d'y placer 100% de liberté, mais dès que l'on ajoute 90 à 100, on se doute qu'il y a un biais dans la rédaction de la solution. Ce genre de biais, de petit truc, l'indice caché dans l'énoncé du problème des trains qui se vidaient dans les baignoires que vous n'avez pas vu, pas perçu, et qui vous a fait écrire fièrement au stylo bic bleu « Et donc c'est pourquoi l'âge du capitaine est de 110.000 ans », ce qui naturellement est faux. Au moment où l'on écrit çà d'ailleurs, on se rend bien compte que c'est faux. Personne n'a 110.000 ans, pas même les vieux croûtons qui donnent les cours, mais on rend néanmoins la copie d'un geste las. On n'aura même pas à attendre une note minable, seulement le zéro à venir.
Dans ces moments une sorte de biochimie se met à l'œuvre. Cellule après cellule elle modifie les enzymes du cerveau. L'hypothèse d'un procès interminable et personnel cède le pas à l'existence d'un complot universel. Pas de quoi, Vraiment pas de quoi pourtant. L'univers est essentiellement composé de poussière, or la poussière - même d'étoiles - n'a que faire des procédures individuelles personnalisées.
C'est l'heure de monter sur l'estrade, un jour de plus, une heure de plus, pour sublimer tout cela.
Une fois encore,
Dis-moi qui tu es,
Dis-moi qui je suis, essayons nos rythmes,
A quoi aboutit-on à trop se brider, à s'empêcher ? Une sorte de dévastation intérieure. Un raz-de-marée de ras-le-bol, d'envie d'ailleurs non feinte au demeurant.
Je me réveille quelques fois le matin la tête pleine de fonte, cela coule. La question me malaxe comme un refrain du jour, celle-ci :
"Ain't you wanna get it on?"
Question légitime dont le fond examine,
dans une forme concise et dépouillée,
les émotions conflictuelles naissant spontanément du désir de vivre.
Kleenex, "Ain't you" (1978)
C'est un vertige. Un vertige. Déambuler dans ces images. Etre happé par ce flux. Je ne sais pas ce que signifie cette tentation. Quelques fois cela me tombe dessus. Ce n'est pas vraiment se vautrer dans les souvenirs, car la plupart du temps je me laisse prendre par des images qui ne sont pas des souvenirs personnels, n'ont aucun rapport, proche ou lointain, avec ma vie. Mais voilà, par exemple je suis en train de regarder une photo, un truc ordinaire, n'importe quoi. N'importe quelle rue, de n'importe quelle ville. La dernière fois, hier, c'était çà, une photo de rue surexposée, quelques voitures rangées sur le côté, un grillage le long du trottoir, une bouche à incendie, les couleurs délavées, le ciel sale et jaunâtre mangé par une lumière invisible, une légende « ballade dans le centre-ville ». Et puis je me suis mis à déambuler à mon tour. J'étais dans la photo. Je me refuse à une vague explication psycho-astrologique, surtout pas un truc alambiqué où Elizabeth Tessier et Sigmund Freud auraient décidé de squatter mon lit pour y faire des acrobaties. Surtout pas çà, par pitié. Et quand bien même ce ne serait que cela, alors tant pis je continue à croire que la raison profonde est ailleurs, d'une nature différente.
Mais c'est quand même un vertige. C'est comme ouvrir tout un tas de portes. Jeter rapidement un regard à l'intérieur, refermer précipitamment puis passer à une autre. Je sais qu'en faisant cela je cherche quelque chose de bien précis. Mais pourquoi ouvrir sans cesse ces vieux cagibis noirs où seul un souffle glacial fait voleter la poussière argentée ?
En même temps, tant que je n'aurais pas fait ce chemin (ah c'est cool ce mot, le chemin, super psy), tant que je ne serai pas allé au bout, je serai toujours tenté de refaire les mêmes gestes.
Cela dit quand j'étais gamin j'adorais fouiller. Les tiroirs des tables de nuit, la mienne ou bien une autre. Pour tout dire, je fouillais beaucoup. Tomber sur des trucs. La photo avec la petite mention énigmatique au dos, le visage à demi effacé qui sourit dans sa brume. La broche dont on ne sait pas à qui elle appartenait, le papier tout usé plié en quatre avec écrit dessus une date et une heure, les maillons d'une gourmette, un bouton. Le revolver. D'une certaine manière je crois que le web épanouit nos folies. Il étend la présence des placards au monde entier. Les vestibules deviennent infinis, il faudrait ma vie plus celles volées à d'autres pour dresser le plan de ce merdier. Ce n'est pas une toile mais de longs couloirs gris jonchés d'objets. Avant le web il n'y avait que la table de nuit de cette chambre, le buffet de ma grand-mère, le tiroir du bureau de mon père. Maintenant...
Maintenant la zone des placards s'est étendue à toute la surface du globe. Le paradis des vendeurs de poignées de portes. Derrière chacune d'entre elles un réduit, pas une pièce, un réduit pouvant contenir un trésor. Ou bien un monstre, c'est selon, bien que la plupart ne font qu'être vides. Je comprends mieux maintenant pourquoi j'étouffe lorsque mes lectures s'appesantissent sur des descriptions de maisons, parlent des termites, d'insectes xylophages, de plans corrompus. Et aussi pourquoi dès que l'on fouille, on trouve. On peut même formuler cela de manière différente. Fouiller ne permet pas seulement de trouver quelque chose, mais fouiller crée la chose. Un peu comme les taches, mais les taches c'est différent car certaines peuvent être vraiment maléfiques.
La seule chose que je puisse dire, et je suis sincère, c'est que je ne peux pas faire autrement. Fouiller et encore fouiller. Et cela ne m'empêche pas par ailleurs d'être quelqu'un de tout à fait normal. Par exemple cette semaine j'ai ciré le parquet dans toutes les pièces. J'ai nettoyé l'intérieur du frigo, je suis à jour du linge.
Ce que je sais c'est qu'il existe des correspondances (tout est dans ce mot) entre des choses sans rapport. Et je crois que j'ai trop tardé. D'où ma fascination pour les renégats, les fugitifs, les hors-la-loi. Billy The Kid et Jesse James pour citer mes préférés. A y regarder de plus près, dans les films, un Hors-la-loi c'est quelqu'un qui défonce toutes les portes d'un simple coup de pied, revolver à la main. Rien ne lui résiste. Quelqu'un qui pense que derrière chaque porte il y a un butin potentiel. Quelqu'un pariant qu'il fera bientôt le coup du siècle qui lui permettra de se la couler douce. Un type courageux, pas comme moi.
Donc je me suis mis devant l'écran et j'ai écrit à Michel xxxxxxx. Je ne savais pas quels mots choisir, à vrai dire ma lettre était purement sans objet. Je le lui ai dit d'ailleurs. Je tente de lui expliquer que ma lettre n'a pas d'intention particulière, qu'en agissant de la sorte je ne fais qu'ouvrir une porte pour savoir ce qu'il y a derrière. J'ai essayé de rendre cela à peu près compréhensible. En postant la lettre ce midi c'était un vrai vertige.
Il m'est arrivé aujourd'hui quelque chose d'extrêmement troublant. Au moment où j'écris ces lignes, je n'en mesure pas toutes les implications. Voilà les faits.
Je lis actuellement La Maison Des Feuilles de Mark Z. Danielewski. Dans ce livre, le narrateur découvre chez un certain Zampano un manuscrit auquel ce vieillard a consacré toute sa vie. Ce manuscrit consiste en un essai étudiant toutes les facettes d'un film documentaire étrange réalisé par un certain Will Navidson. La Maison des Feuilles se veut la publication du manuscrit de Zampano. Il est accompagné (encadré pourrait-on dire) d'une multitude de pièces (notes de bas de page, croquis, photos, textes divers) ajoutées par le narrateur et contenant ses propres commentaires sur le manuscrit Zampano. Le tout forme un objet totalement fascinant (certaines pages sont imprimées à l'envers par exemple et doivent être lues dans un miroir) et dans lequel je viens de me plonger avec délice.
Ce matin au boulot je trouve dans le courrier qui m'est adressé une épaisse enveloppe. A l'intérieur se trouve une lettre manuscrite écrite par une femme portant un nom sud-américain. Cette personne s'adresse à moi personnellement (elle cite mon nom, pas ma fonction) et me prie de trouver ci-joint le manuscrit (en fait il s'agit d'un tapuscrit) d'un livre qu'elle a écrit sur le produit que fabrique la boîte dans laquelle je travaille, à savoir le Café. La lettre est pleine de ratures, d'ajouts entre les lignes et de corrections comme si elle avait été rédigée sur une longue période. Un peu troublé je prends connaissance du tapuscrit qu'elle a joint. Il s'agit d'une suite décousue d'articles sur le thème du café. Certains aspects développés sont classiques (les origines, les modes de préparation) tandis que d'autres sont étranges. Un chapitre est consacré à la couleur noire. Un autre se présente comme étant un « recueil d'interviews de liseuses dans le marc de café ». Le tout est accompagné de collages, photos, photocopies et divers autoportraits de l'auteure. Au fil de la lecture rapide, je suis pris d'un certain vertige car je me rends compte que les photos de l'auteure s'étalent sur un grand nombre d'années. Dans la marge de l'une d'entre elles, il est indiqué 1987, tandis que la dernière, la montrant dans une cuisine, est datée de Mars 2008. J'en déduis (et la diversité des fontes de caractères du tapuscrit me le confirme) qu'elle doit travailler à ce livre depuis au moins vingt ans.
Son nom ne me dit rien mais je pense tout de suite qu'il s'agit d'une personne cliente de notre société. Je cherche dans le fichier client mais ne trouve strictement rien ni à son nom, ni à son adresse. Intrigué par son patronyme (son prénom est Xochitl) je fais une recherche sur Google. Je tombe tout de suite sur une page signalant que cette personne a déjà écrit un livre. Il s'agit de la présentation et de la traduction du journal intime d'un cinéaste ayant vécu à Paris. En poussant les recherches sur le nom de ce cinéaste, je découvre que certains de ses courts-métrages expérimentaux ont été projetés il y a quelques années.
Je pense que tout le monde comprend mon trouble en rapprochant tous ces faits. Mais le plus incroyable vient après. Ce midi (après avoir mangé mon sandwich, gratuit d'ailleurs parce que ma carte fidélité était pleine) donc en repensant à cela je me rappelle que le chapitre de La Maison Des Feuilles que j'ai lu hier soir (en mangeant du chocolat) avait pour thème la NOTION D'ECHO.
Je ne sais pas encore ce que je dois faire. Je dois envoyer un petit mot à cette personne et je me demande ce que je vais lui dire. Faire une réponse autoroute du
genre « Nous sommes désolés mais notre société.... Nous vous recommandons... contacter un éditeur... en vous remerciant... salutations... ».
Ou bien alors lui dire toute la vérité sur ce qui vient de m'arriver.
NB : Ce texte n'est pas une fiction
C'est la seule photo de toi qui ne mente pas. Celle-ci, celle où tu es flou. Rien n'y a fait. Le scan, le contraste, la définition. Non c'est bien ton visage qui reste flou, traits absorbés en une grimace de sourire. Ce n'est pas l'émulsion, ni le bougé de l'appareil. C'est toi je crois qui était flou. C'est ainsi que je t'ai vu, que je t'ai croisé, que tu es partis. Et tel tu es resté dans mon souvenir. Finalement peut-être que c'est vrai, les photos ne mentent pas alors. Ce sont pourtant des mises en scènes, de petits arrangements, de savantes négociations mais quelques fois un accident survient à point. D'où ton visage, pas seulement ton visage d'ailleurs mais tout ton être. Short et chemise. Pas de date au dos du cliché mais j'aperçois la silhouette de pommiers et ce qui semble être un colombage. Je dirais vers Pont-Audemer. Saint-Georges-Du-Vièvre ? Circa années 50. On pourrait te croire mercenaire, soldat oublié, s'entrainant dans une brousse putride pour une Cause que l'histoire oubliera.
Ta photo se trouvait parmi d'autres. Un tas, un salmigondis de personnages où j'essayais d'exister à tous les âges. Sur l'une d'elle, Miami 1977, un orque me fait la bise. Dans la pile venait ensuite ton visage flou. Je me suis alors rappelé des noms, des bouts d'adresses. Key Byscayne, Rickenbacker Causeway. Je me suis surtout rappelé Rickenbacker parce que le nom de cette autoroute m'avait frappé à l'époque. C'était celui de la marque de basse qui me faisait rêver. Une Rickenbacker 4001, la seule basse avec deux micros et deux sorties pour jouer en stéréo. Je me suis souvenu de la voiture sur la voie express, le chuintement de l'asphalte, l'irréalité des palmiers. Je me suis rappelé de Michel au volant qui faisait le con. Il avait sorti un revolver de la boite à gant et visait les gens sur la voie d'en face. Ton visage flou rigolait. C'était un Smith & Wesson, calibre 38. Le genre de truc dingue que tu aimais. Tu disais Michel a de l'humour, quel sacré déconneur. Oui c'est cela, « quel sacré déconneur », « déconneur » c'était un mot à toi. Je n'ai jamais su si le revolver était chargé. Je pense que oui. Je savais qu'après tu le raconterais, ce serait le dénouement de cette blague, « Alors Michel a sorti son revolver et il visait tout en conduisant ». Je savais même que tu serais capable de la raconter plusieurs fois sans te souvenir que tout le monde l'a déjà entendue. Michel avait la quarantaine. Mince. Crâne chauve et bronzé, des chemises hawaïennes et des pantalons Lee Cooper bleu pétrole forme fuseau qu'il portait en dandinant du cul. C'était ton ami et tu aimais les amitiés compliquées.
Chez lui je ne comprenais pas grand-chose. C'était flou, comme toi. Cela me passait par les yeux mais n'était pas compris par le cerveau. Ces jeunes Cubains avec des yeux de filles qui regardaient Michel. Eux-aussi ils dandinaient du cul en allant chercher des Coca dans le frigo. Les canapés à motif floral. Un siège en osier et son coussin couleur rouille lové dans le fond. Les soupirs et les yeux qui se levaient au ciel en de gracieux mouvements de paupières. Au-delà de la baie vitrée, l'écœurante couleur turquoise d'une mer fantaisie. Tout le monde dandinait du cul d'ailleurs. Merde, j'avais du mal à comprendre. Tu avais l'air si à l'aise. « Michel, quel sacré déconneur » tu disais. Voilà l'histoire. C'était ton ami d'enfance. Au Havre il vivait chez sa mère et puis attiré par l'aventure il était parti faire fortune à Miami. Circa fin des années 50. Mais il faut croire que toute la fortune de la Floride c'était de jeunes Cubains Anticastristes en train de glousser et pousser de petits cris farouches en se passant des mains partout. Je me rappelle aussi de cette Chilienne. On parlait anglais les accents s'entremêlaient et les mots butaient les uns sur les autres. Elle portait un débardeur blanc, de longs cheveux noirs, lèvres charnues d'un naturel grenat. Les pointes de ses seins dessinaient une ombre sous le tissu. Elle parlait de Pinochet mais je pensais à ses seins. Chaque respiration appuyait sa poitrine sur le tissu et chaque pression rendait les cercles de ses aréoles plus visibles. Je pouvais m'imaginer relever son fin débardeur, lentement, là, jusqu'à cette limite, celle où mes mains recueilleraient ses seins. Sentir leur chaleur, y déposer mes lèvres, attraper leurs pointes dans ma bouche. Son mec s'appelait Roberto. Pas un mot d'anglais. Que de l'espagnol baragouiné avec une dent en or clignotant dans sa bouche. Réfugiés. Ils disaient qu'ils étaient réfugiés. J'avais pensé des militants marxistes. J'étais impressionné. Mais entre deux regards vers ses seins, j'ai compris qu'ils s'étaient réfugiés au moment de l'élection d'Allende. Des fachos en fait. Dans le baragouinage ils se justifiaient, ils cherchaient à faire oublier le mot argent, ne pas l'évoquer, mettre en avant les principes, une sorte de Cause. Lorsqu'elle changeait de position, je ne pouvais pas m'empêcher de suivre ses seins des yeux. Les cubains poussaient de petits cris. « Quel déconneur Michel ». « Déconneur », toujours ce mot. Et toi si flou, te coulant entre les mondes, en une élégante danse du doute. Je me suis dit qu'il te fallait, toi mon père, un talent flou très particulier pour passer ainsi d'une rive à l'autre.
On roulait. Rues droites. Tu disais. « 8 blocks par mille, c'est une règle tu comprends ? C'est comme çà que l'on construit ici. C'est plus pratique. ». On est entré dans l'armurerie. Tu as pris le fusil M16 entre tes mains. Tu le soupesais. Un peu gêné tu t'es mis à viser de ton œil flou. Le vendeur te regardait, mains appuyées sur la vitre du comptoir avec un demi-sourire. Balles, revolvers, holsters. Ensuite retour. Maisons basses et blanches, longues et étirées le long des rues toutes identiques. Chaleur. Palmiers. Et ton regard flou avalant les carrefours, jouissant des highways, des parkings, de zones vides clôturées sans raison. Puis le tas de photos a tout bousculé dans mon souvenir. L'image d'une route qui sentait l'eau de pluie. Des portes protégées par des moustiquaires, la toile d'une veuve noire dans l'angle d'un cadre de bois, des insectes grand comme la main courant sur le sable, l'indien au regard éteint qui attrapait l'alligator et le retournait sur le dos avant de lever le bras vers moi et les verres miroirs de mes lunettes, Michel flingue à la main qui visait en se dandinant, la manchette du journal annonçant qu'il vient d'y avoir un crash dans le triangle des Bermudes, mes tremblements de bonheur en lisant cela, et puis la grande photo d'un mec en première page du journal, un blanc, casquette de tweed, grosse moustache, lunettes noires, il vient d'être arrêté par les flics car il avait un ami black et il ne supportait plus que le KKK injurie les blacks, il en avait vraiment marre de ses ordures du KKK, alors un matin il prend sa voiture, Ford mustang, il se rend sur les lieux d'un barbecue KKK, il enfonce la pédale de l'accélérateur et se crashe dans la foule KKK, il tue un paquet de ces enfoirés du KKK, hommes KKK, femmes KKK, gosses KKK, je lis l'histoire, je me dis lui c'est un mec, un vrai, je découpe la photo de son visage, je la garde, c'est mon héros, je ne sais pas ce qu'est devenu le journal, je ne me souviens même plus de son nom.
J'ai reposé les photos sur la table. Puis je n'ai pas pu m'en empêcher. Parce qu'avec Internet, tout est permis maintenant. Je me suis mis à rechercher Michel.
Je fais un rapide calcul. Il doit avoir dans les 75 ans aujourd'hui. Sûrement encore vivant. Sûrement encore à Miami. Au bout de cinq minutes je trouve. Un seul Michel XXXXXXX dans l'annuaire. Pas à Miami mais dans une petite ville résidentielle pas très loin. J'entre l'adresse dans Google, je tombe sur un site d'agence immobilière. Photos de l'immeuble, petit laïus pour expliquer qu'il s'agit d'une résidence où vivent des personnes appréciant le calme, en langage clair des vieux qui ne supportent pas les gamins. Sûr, c'est lui. Je ne l'ai pas vu depuis 32 ans mais j'ai tout sous la main. Son adresse. Son téléphone. On est dimanche. Je regarde l'heure. Il doit être 9h du matin là-bas. Je l'imagine en peignoir, ciel bleu nauséeux, lumière frappant la baie vitrée, visage tanné et bronzé, œil avide buvant les trésors de son décor de théâtre. J'attrape le téléphone le cœur battant. Je me demande s'il faut parler à Michel d'abord en anglais ou directement en français. Je sais ce que je vais lui dire. Il va décrocher, dire « allo », puis dès qu'il entendra mon nom de famille il comprendra. Je n'aurais rien à expliquer de plus. Sa première question sera évidemment pour mon père, je lui dirais tout de suite qu'il est mort il y a quinze ans et j'en viendrais au fait. J'ai toujours pensé qu'il devait savoir la vérité. Je lui demanderai « Michel, pourquoi mon père était flou ? ».
Dans mon oreille la tonalité s'attarde. Elle devient un long ululement, une fréquence distordue, une note se propageant au ras des vagues de l'océan. Dans l'autre main je tiens ta photo. Je ne la quitte pas des yeux. J'attends que la voix de Michel prononce ton nom, qu'elle évoque ton image. A ce moment l'émulsion photographique se rétractera lentement. Les dégoulinures se résorberont. Sans doute de manière imperceptible au début. Puis comme le reflux d'une marée, lente, mais inexorable.
Alors je saurai, et les traits de ton visage m'apparaitront pour la première fois.
« LES SOUVENIRS N’ATTENDENT PAS
JETTE UN REGARD AU PAYS DES OMBRES
CES SOUVENIRS N’ATTENDENT PAS
CES SOUVENIRS N’ATTENDENT PAS
OOOUUUUUUUHHHHHHHHH !!!!!!!!!
EEEEEEEEEIIIIIIIIIIIIIIHHHHHHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!!! »
« T’ES LE GENRE DE FILLE QUI COLLE BIEN AVEC MON UNIVERS
J’te donnerais tout c’que tu veux si tout c’que tu veux c’est tout c’que tu veux »
« Je ne sais pas pourquoi je vis comme je le fais »
« Comment s’habillera-t-elle la pauvre petite fille, pour toutes les fêtes à venir ? »
Et toutes ces choses bien enfouies dans l’iceberg à couler comme des enclumes dont tout le monde se fout. Par exemple les HEREROS ? Lothar Von Throta donna l’ordre de tuer tout NAMIBIEN, qu’il soit homme, femme ou enfant. Peu de chiffres pour le premier Génocide du MONDE MODERNE. Hummm 80.000 personnes au départ, 15.000 à l’arrivée, et tout cela en seulement 6 mois, avec finalement peu de moyens quand on pense à l’année 1904. Juste des cordes pour les pendre. Et lorsqu’il n’y avait plus de cordes et bien un fil de fer çà le faisait. Il parait que les soldats du Kaiser s’amusaient à lancer en l’air les bébés puis à les rattraper au bout de leur baïonnette. La véritable escroquerie de l’histoire, c’est qu’elle n’est pas écrite par les MORTS. Ah oui quand même en 2004 un ministre choucroute est venu en Namibie. Mea culpa l’Allemagne choucroute a honte. C’était pas bien. Nos soldats choucroute n’auraient pas dû violer à répétition (quelques fois un peloton choucroute entier) des enfants de 12-13 ans fille ou garçon parce que vraiment çà faisait un peu désordre comparé à Wagner choucroute et Goethe choucroute. Les HEREROS ne demandent pas grand-chose. Juste que l’on respecte les charniers sur lesquels les touristes pissent lorsqu’ils vont jouer à Nicolas Hulot dans le désert du Kalahari. Il faudra plusieurs HAL9000 pour calculer la facture AFRICAINE.
“IT’S A BEAUTIFUL WORLD WE LIVE IN
A SWEET ROMANTIC PLACE
BEAUTIFUL PEOPLE EVERYWHERE”
Une guitare et un cœur dit l’objet Messier M83
(en marge, l’onanisme confortable de ma psychothérapie de poche) :
Il me semble que toujours toujours
J’ai été l’otage de quelque force qui se refusait à revendiquer quoi que ce soit
Ni argent, ni âme, ni peine, ni même je ne sais pas
Ah si peut-être oui sûrement le Temps
A seulement se satisfaire de ne jamais répondre à aucune négociation
A seulement jouir des procès qui s’enchaînent.
M’identifier à Lee Harvey O. n’était pas une posture,
Il était moi, j’étais lui et j’ai vécu avec son déguisement de pigeon.
I LOVE U LHO !
ET Je peux assurer, ET témoigner, ET expliquer, ET décrire, ET répéter, ET dire, ET exprimer,
Que les plumes dans le cul, OUI CELA GRATTE.
Mais Amis (anagramme) Il fallait bien que la pègre ne s’empare de mon temps
Cosa Nostra, leur cause, inJust Cause
FAIR PLAY FOR CUBA COMMITTEE (à googler si çà vous chante)
FAIR PLAY FOR ME, I demand, please
Et au fond de moi, irrépressible, la révolte comme une ivresse, la haine des criminels de l’histoire. Je subodore un truc en rapport avec l’injustice faite à ma mère.
Je rêve d’un NU RE MB ER G éternel qui ranimera tous les tyrans de cette terre et les fera comparaître un à un, pour les juger, les maudire, les faire plier, puis les jeter à nouveau dans l’oubli qui sera leur peine. Et puis à nouveau les réveiller. Pour à nouveau les juger. Pas de répit pour Hitler, Napoléon, Von Throta, Pol Pot, Jules César et l’Empereur du Japon. Ect. Ect. Ect. Et tout cela sera retransmis sur TF1. Cela s’appellera JUSTICE ACADEMY et présenté par Nikos qui sera bien naturellement jugé en dernier.
Et encore, je ne parle pas du chiffre de la bête qui n’est pas 6 6 6 mais 7 3 1
Entre deux procès, un morceau de zique.
« Lave-moi, lave-moi, emmène-moi à la rivière »
« Conduis-moi à la rivière »
Mais quel méandre échappatoire pourrait quel méandre opaque et mièvre glissando liquide pourrait...
« Dites moi pourquoi ? »
« Sous la voie la lactée, cette nuit »
« C’est un MONDE FOU »
Toutes phrases de la rédemption susurrées amoureusement en
Hi-Fi
High Fight
Halte Faille.
Haut combat
Dans mes oreilles
Combien déroutante cette combine scrabblelistiquoïdale
(Remarquez comme il suffit de permuter deux lettres pour que combien devienne combine Anagramme encore la fille qui ne pèse presque rien : Anna Gramme)
“We’re through being cool !”
[y’en a marre d’être sympa !]
“We’re on the road to NOWHERE… come on inside”
“Nous sommes sur la route qui ne va NULLE PART, bienvenue à bord”
Je ne sais pas qui a pris le volant de ce monde mais je pense qu’il est chargé. Cocktail Mix Crime/Cocaïne avec un goût à gerber de Vodka Orange.
Ah oui d’ailleurs, signe que je suis un has been, je n’aime pas la Vodka. Or l’alcool, selon les études marketing est un phénomène générationnel. Les retraités picolent du Ricard, ma génération picole du Whisky, et la génération qui vient picole de la Vodka. Tout un arsenal DROGUE organisé par l’industrie DERO des spiritueux est aux commandes de ce projet depuis des décennies. Idée de base : les jeunes Tektonic n’ont pas envie de boire le Single Malt de Papa. Autre idée de BASE : les jeunes Tektonic aiment le SUCRE car on les gave de FRAISES HARRY BO SS depuis l’enfance. Autre idée de BASE : il faut rendre captifs les jeunes de l’alcool le plus TOT possible pour faire la nique au CANNABIS concurrent DE MERDE qui leur tombera dessus dès 16 17 ans. Donc ???? Alors ??? SOLUTION : INVENTER des boissons très sucrées, fortes en alcool mais pas trop pour contourner la legislation. ET voilà ! le tour est joué : ICE SMIRNOFF est né. Pas bête les mecs. DE mon point de vue, cela ressemble à du VON THROTA tout craché. Les cordes en moins.
“WATCH OUT !
BURNING D-O-W-N THE HOUSE !!!”
“HEY !” “HEY !” “HEY !”.
“ sleeping in the midday sun”
“Dormir pendant le soleil du plein midi »
Les petites fleurs, on se roule dans le foin, et puis un paysan rougeaud chantonne dans le soleil couchant. Mais MON SANTO (Mon Saint) veille au GRAIN.
Ah oui L’échappatoire bucolique a encore des beaux jours à vivre sortez les violons et le fromage. N’oubliez pas le pinard.
MAIS Je somnole
Avec Thomas P Y N C H ON comme pyjama
« MEMORIES CAN’T WAITTTTTTTTT
THEEEEESEEEEE MEEEEEEMORIES CAAAAAAnnnnn’TTTTT WAAAAAIIIIIITTTT !!!!! »
… encore une fois
Mais à un moment toujours, presque au bord du sommeil, quelque chose vient et c’est une rédemption :
Michael Jackson qui chante Stranger in Moskow :
« Je vagabondais sous la pluie,
Un simulacre de vie, malade à l’intérieur,
Tombé soudainement en disgrâce,
Les jours heureux me semblaient si loin,
L’ombre du Kremlin m’écrasait,
Le tombeau de Staline ne me lâchait pas,
Encore et encore cela ne cessait de monter
Si seulement la pluie me laissait tranquille.
Qu’est ce que çà fait ?
Qu’est ce que çà fait ?
Qu’est ce que çà fait ?
Lorsque l’on est seul,
Et que l’on a froid,
Comme un étranger à Moscou… »
Après je dors
Et heureusement dans les rêves existe le GRAND PAYS des Têtes Qui Parlent :
« J’en ai marre de voyager, je veux être QUELQUE PART. »
Et alors
Le grand grand GRAND dirigeable Alaska Express dans sa vénérable oblongité traverse le lit sans un bruit.
[01/04/2008 01:29 En écoutant : Bronski Beat
(Tell me Why); Talking Heads (Memories can’t wait; Take me to the river, Road to Nowhere, Burning down the house); Pink Floyd (Arnold Layne); Lords of the New Church (Under the milky way);
Moondog (Bird’s Lament); DEVO (Through being cool, Beautiful World) John Cale (Buffalo Ballet); Pierre Henry (Psyché Rock); Magazine (The light pours out of me), Michael Jackson (Stranger in
Moskow); Nico (All Tomorrow’s parties); M83 (A guitar and a heart) et très étrangement, Tears For Fears (Mad World).]