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Qui n'a pas rêvé d'une cabane au fond des bois ?

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Derniers textes vernaculaires parus :  Le temps des iguanes   Le mensonge , L'hypothèse dite "Knüdsson révisée"  , Ambrosabie  , La famille Martin et le Mystère Quantique de Denver  L'hypothèse du gyroscope des ans  , et aussi cette nouvelle : L'affaire Ewing-Scott . Le nouvel épisode de ma Macro-Fiction (Alaska Seas) est en ligne ici Alaska Seas Episode 13 "La Grande Convention" . Merci de votre visite !
 

Nanofictions

Vendredi 6 février 2009
- Publié dans : Nanofictions


Post Scriptum :

Dans l'article précédent un objet était évoqué, un étui en métal de cigarettes Craven A qu'un buffet renfermait. Merci à Nicole et  Argatti de l'avoir retrouvé et photographié.

Je pensais qu'il n'existait plus que dans ma mémoire...
 

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Jeudi 5 février 2009
- Publié dans : Nanofictions

En joie du silence, vers très tard.

 

J'ai sans doute failli quelque part pour qu'ainsi tout me semble reptation entre nous. Ce ne sont pas des luttes, ce ne sont pas des combats, nul n'attrape l'autre par la gorge. Non. Seulement une danse de reptiles aux pas glacés. Deux iguanes escaladant la table, deux iguanes posés dans le salon, deux iguanes postés près de la fenêtre et qui regardent le ciel percé. Deux iguanes roses de cette espèce nouvelle que l'on vient de découvrir dans l'archipel des Galapagos ou peut-être bien ici car il me semble que des mers séparent maintenant les quartiers de cette ville.

 

J'ai récemment constaté une suspension dans cette saloperie pleine d'algues qui remue tout le temps devant la fenêtre, une ponctuation de son allure. Les cargos arrêtaient leur progression, cette espèce d'hésitation d'une image qui tremblote, un vieux film qui déraille. L'hélice à demi hors de l'eau frappait l'écume comme s'il s'agissait de lui donner une forme et surtout de la lui faire garder. Coûte que coûte. Où sont donc parties les bonnes choses ? Un convoi de Minéraliers les cales remplies de fadaises que l'on transporte au-delà des mers pour les déverser sur des plages en pollution de sentiments, verroterie minable et guère échangeable contre quoi que ce soit, à part de sirupeux et collants mensonges tropicaux bien sûr.

 

Il me semblait pourtant que les mots, et moi qui les aime tant, avaient un sens mais il se révèle que répandus à la volée dans l'urgence de l'instant ils peinent dans leur course. Ce ne sont pas des vaisseaux dirigeables. J'aborde leur limite c'est-à-dire qu'ils ne sont que cela et rien d'autre. Ce ne sont que les restes d'insectes morts ou peut-être mués, métamorphosés, ces enveloppes desséchées de grillons que l'on retrouvait quelques fois dans l'angle des fenêtres des lieux où nous passions nos vacances d'été. L'Epeire Diadème est passée par là aspirant la moelle du chanteur estival, Reine infaillible d'une toile qu'elle seule sait faire vibrer. Toute la ville me semble désormais prendre l'allure d'une réserve animale inquiétante, tordue. La cité s'en peuple et dans cette nouvelle hiérarchie l'espèce obstinée mais sans destinée des iguanes est devenue la nôtre.

 

« Bienvenue dans notre Parc Naturel inscrit au Patrimoine Mondial de l'illusion. ».

 

Chaque fois que nos bouches s'entrouvrent c'est pour déverser leur pesante soupe au goût fade et frelaté. Les yeux regardent sans voir, la parole me rappelle ce vieux buffet de famille inutile, pesant, celui dont je ne sais que faire et que pourtant je garde car il me rappelle des choses disparues. Et puis surtout ce que l'on mettait dedans car - ah oui - ses placards étaient si grands. Boîtes de biscuits odorantes saupoudrés de sucre glace, aiguilles à tricoter entourées d'un vieil élastique, étui en métal de cigarettes Craven A offert par un soldat Américain en remerciement de lui avoir lavé sa vareuse, petits mots griffonnés au dos de photos par des ancêtres dont le rire a encore une place quelque part - mais où cela vraiment on ne sait pas -.


Les phrases tombent par blocs. Mais surtout, il n'y a rien dedans. Nous ne sommes pas là et pourtant je nous vois lapant les assiettes. Et entre deux lapements le regard écœurant de reptiles lorgnant lentement vers la fenêtre. Œil vide d'Iguane rose sur l'horizon dégagé.

 

Je suis pris à mon propre piège.

 

Il me semble que tout remonte au mensonge fondateur d'une société par lui programmée à s'écrouler. Un mensonge mythique, une faute primordiale. Je disais « Rien n'est vrai », j'aimais le répéter et donc tout se dilue. Les poignées de portes me restent dans les mains. Je vois les murs dégouliner leur substance, couler, envahir le salon. Ceux qui passent ici ressentent la maladie dont je suis atteint mais sans en deviner la source. Pire que tout, il y a à nouveau des taches sur le parquet. Et puis ces rêves. Par exemple celui où j'ai été reconnu coupable. Au moment d'être décapité (j'ai le souvenir de la force des mains qui me tiennent par les coudes et me poussent en avant sous la lame) je demande à pouvoir écrire un mot à mes fils. Je l'écris sur un papier trop fin avec une mine de crayon trop grasse. Les mots sont impossibles à former, le papier crève, il se déchire. Et puis cet autre, je suis dans la cour de l'immeuble de mon enfance. Un chien - peut-être un Berger Allemand - vient rôder près du banc où je suis assis. Lorsqu'il lève son museau vers moi je vois que ses yeux, globes blanchâtres, sont aveugles. Et puis cet autre, une maison dont il ne reste que les quatre murs. Elle n'a plus ni toit, ni rien à l'intérieur. Je me tiens juché sur les décombres, je regarde le ciel découpé par la dentelure des murs. Quelqu'un parle dans mon dos, inaudible, des mots qui ne dépassent pas la consistance d'un magma.

 

A la vérité écoute. A vif ta peau future brûle en ces journées livides. Ton épiderme est gonflé de cloques rosâtres. Ce sont des fleurs malignes dont l'éclosion nourrit un soleil pressé de te consumer. Protège-toi s'il te plaît. Protège cette peau. Aie foi en cette vie. Elle sera ton bon vaisseau toute cette traversée.


 




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Jeudi 8 janvier 2009
- Publié dans : Nanofictions

L'hypothèse dite « Knüdsson révisée » est une théorie sociologique qui pose pour principe qu'il n'existe que trois statuts dans la société. Celui de spectateur, celui d'acteur, et celui de metteur en scène. Elle affirme que les metteurs en scène ne révèlent jamais leur nom et démontre que tous les acteurs ne font que répéter un texte dont ils ne comprennent pas le sens. En ce qui concerne les spectateurs elle se contente de préciser qu'ils sont innombrables, silencieux, et que leur seule crainte est que le rideau ne retombe inopinément sur la scène.

 

Dans les milieux scientifiques on y fait souvent référence sous le nom d'hypothèse «  hic et nunc ». Elle a été exprimée pour la première fois dans la ville de Babylone.

 



Aphrodite's Child / Babylon

Aphrodite's Child / Hic Et Nunc
 


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Dimanche 4 janvier 2009
- Publié dans : Nanofictions

Et pourtant je fais toujours ces rêves.

 

Des noms de pays m'assaillent

Et se repaissent de mon attente,

Imaginaires pamphlets d'une géographie trop souvent répétée.

 

L'Ambrosabie par exemple,

Contrée lointaine dont les coordonnées résistent à mon volant.

 

Comme la dernière caresse d'un rêve remonté à la surface,

Je m'éveille avec ce seul mot en tête.

La dentelle de son rivage inexact

Dessine les contours et les ombres de la route que j'emprunte.

 

Le temps est clair, l'air est vif.

 

Je roule.

Je me perds à cela.

 

J'aligne les kilomètres,

Les kilomètres et pourtant je ne vois rien venir.

 

La route se répète,

Les visages reculent,

Les plaines se délient en courbes, elles vacillent, elles s'estompent,

Délétères soupçons de paysages qui ne m'appartiendront jamais.

 

Des terres migratrices s'en vont couler dans le passé.

C'était de Titanesques amours de regards et de lèvres grenat,

De lents mouvements de bras,

Arcs hésitants qui s'en allaient à l'assaut du cou.

Des mots perlaient aux lobes des oreilles,

Dissous dans l'eau noire d'une musique trop forte,

Et que nul n'entendait,

Spectateurs des bouches les prononçant,

Tout à frissonner de leur vibration dévalant la peau.

 

Je roule, je roule,

Je me perds à cela.

Inaccessible dans la parenthèse du voyage,

Particule alimenté de son accélération,

Il me semble que passé une certaine vitesse

Les choses quittent leur enveloppe pour se tenir nues au bord du regard.

 

J'aligne les kilomètres,

Les kilomètres et pourtant je ne vois rien venir.

 

La route se répète,

Les visages reculent,

Le véhicule devient immobile, seules ses roues tournent

Et le nom résonne.

 

Ambrosabie, imprécise contrée de cartes tirées au hasard

Tel un oracle créé de toutes pièces,

Dont le nom se répète, et se désire, et se perd,

 

Montagnes surgies du néant en éclairs de regards vagues,

Et qui s'en vont toujours enfouir leurs cimes

Dans une Lumière qui sait bien déchiqueter tout en lambeaux.

 



Boards Of Canada / You Could Feel The Sky
 

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Samedi 6 décembre 2008
- Publié dans : Nanofictions
Très en avant de ce jour, en un moment d'abandon la détente viendra.
 
Il faudra revenir tout là-bas en arrière, un mouvement de kaléidoscope ordinaire, lent gyroscope des ans.
 
Ce temps des jours lourds n'y aura plus de poids,
 
Cette densité, cette fonte qui empâtait le cœur profond des océans.
 
Je retiendrai peut-être cette boisson amère comme le souvenir d'une liqueur, on ne sait jamais ?
 

Qui sera là, qui le vivra,

 
Qui le saura.

 
Ceux du vol 19 sortiront de leur cockpit.

 

Agiles malgré les ans,

 

Impeccable combinaison avec de petites ailes d'or crochées à leur poitrine.

 
« Qu'elle était longue cette reconnaissance » diront-ils « Qu'elle était longue. ».

 
Temps clair. 

 
Météo clémente sur les Keys.

 
Le speaker s'étend à loisir sur les conséquences ultimes d'une route du rétablissement atmosphérique.

 
« Vous pouvez voir ici, là, et là, ces palmiers avides qui se nourrissent de sable blanc et s'abreuvent d'eau sale ».

 
Tout ira bien désormais, tout ira bien.

 
C'est une promesse.

 
Divine.

 
 


    
 
 
 



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Mardi 2 décembre 2008
- Publié dans : Nanofictions

L'hypothèse Voynïch stipule que tout exposé d'une théorie quelconque, quel que soit son domaine et l'étendue de son propos, ne peut excéder une phrase de trente six mots et tout au plus trois signes de ponctuation.

 



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Vendredi 28 novembre 2008
- Publié dans : Nanofictions
Hipbone Slim And The Knee Tremblers : Snake Pit
  

En pleine hypothèse du temps fantôme,

 

Le tien, le mien, le nôtre.

 

Je connais quelqu'un qui se plaît à réécrire toute l'histoire de l'humanité. Un russe, ou quelque chose comme çà. Nom imprononçable. Il affirme que des piles entières de siècles n'ont tout simplement jamais existé. Il dit par exemple que l'on peut directement passer de l'an 600 à l'an 1400. Il ne cherche pas à contester tel ou tel fait d'une époque donnée. Il conteste l'idée même que cette époque ait existée. Il revendique l'idée que notre chronologie historique n'est un ramassis d'échos brisés qui répètent sous des formes différentes - mais seulement d'infime manière - les mêmes évènements nous donnant l'illusion de la multiplicité et de la durée.  Louis XI entre dans la pièce, frappe une cage où son ennemi croupit puis il rit bêtement et sort par la porte située au bout du cachot. La première porte s'ouvre alors. C'est Louis XI. Il entre dans la pièce, frappe une cage où son ennemi croupit puis il rit bêtement et sort par la porte située au bout du cachot. La première porte s'ouvre alors. C'est Louis XI.

 

Un fossé de temps fantôme saute à notre face lorsque l'illusion des multiples reflets de Louis XI se trouve réduite à une UNIQUE image à collectionner. Celui qui affirme tout cela (le russe ou quelque chose comme çà), armé de sa paire de ciseaux s'est lancé dans un grand Cut-Up infernal. Il tente de tout réécrire. Elaguer, recalculer les dates, établir de nouvelles connexions, de nouvelles dynasties. Il faut, dit-il, laisser tomber cette mascarade des années, cette illusion entretenue sciemment par des archivistes bornés afin de justifier leur position et leur fonction.

 

Je les connais. Il parle de ces types un peu condescendants qui vous regardent tandis que vous pointez du doigt les boîtes à archives empilées derrière eux et leur demandez « Je pourrais consulter la boîte du 12eme siècle ? » et vous répondent que ce n'est pas possible, qu'elle est en réfection momentanée, ou alors une autre explication à la noix genre « Désolé, quelqu'un vient tout juste de l'emprunter. ». Mais s'ils disent toujours cela, c'est pour une raison bien simple. Ils savent pertinemment que la boite marquée 12eme siècle ne contient strictement RIEN.

 

Strictement.

 

RIEN.

 

Et toutes ces histoires de châteaux-forts, de mâchicoulis et de pont-levis ne sont rien d'autre que l'interprétation erronée et déformée de jeux de plages de l'an 600 qui se sont mal terminés. Jeux dont le souvenir fugace mais tenace, pourtant de nature fugitive s'est néanmoins livré à l'emprise de nos mémoires. En fait Château-Gaillard n'est jamais tombé aux mains des Anglais. C'est seulement qu'il y a très longtemps des gamins ont fait un château de sable sur la plage. La mer a tout emporté et c'est tout. On ne va pas épiloguer.

 

Ils ont raconté l'histoire à leurs copains, tout ce petit monde l'a raconté à ses enfants, comme cela, chaque fois avec d'infimes variations. La taille du château, la nature et la hauteur de la vague. Et lorsque vous lisez dans les manuels d'histoire que l'ennemi a DERFERLE sur le château, et bien vous comprenez enfin pourquoi on a employé ce terme. Naturellement la plage était située sur la côte Normande, d'où les anglais qui par ailleurs n'ont jamais été pour quoi que ce soit dans l'affaire. Les anglais sont des types pacifiques. Ils se déplacent en camping-car et stationnent sur les parkings de supermarché. Vous les reconnaitrez aisément. Ce sont les seuls à pousser des caddies remplis de pinard en plein mois de Juillet.

 

Mais revenons au temps fantôme.

 

Il faut se représenter les choses, faire l'effort de la macrovision. Celle de Darwin qui lui possédait la tête sur son canapé le dimanche après-midi, après qu'Emma, sa tendre femme, ait dit à leurs dix enfants « Allez, allez, ne faites pas de bruit, Papa réfléchis. Allez plutôt faire des châteaux sur la plage ! ». Oui c'est çà il réfléchit Papa. A moitié endormi par le poulet rôti, le single malt, le feu de cheminée et les discussions interminables avec ses copains chasseurs. Parce que si vous regardez bien, toute la théorie de l'Evolution repose sur la subtile déformation des choses, sur le fait que les petits-enfants un jour ne comprennent plus rien au baragouinage de leurs grands-parents. Un jour, une palanquée de chimpanzés regarde les vieux albums de la famille et se demande pourquoi on y trouve que des photos d'escargots, de cloportes, d'opabina et de trilobites, sans compter les autistes et patibulaires protozoaires.

 

Donc il faut plisser les yeux comme Charles repensant aux pinsons des Galapagos, ruminant les dépressions de Fitz-Roy, - vous pouvez vous représenter çà, un Capitaine de la Royal Navy embauchant son propre naturaliste car il veut un interlocuteur à sa table pendant tout le voyage tellement il a peur de se foutre en l'air ? - Et donc, plisser les yeux et voir cette plage. Le château de sable, les gosses. Tout le monde rit. La vague qui vient. Les gamins qui sursautent en poussant des petits cris parce que l'eau est froide. Et puis le château qui dégouline comme du cambouis, ses tours comme de la soupe. Et puis voir toutes les générations qui ont succédé pour raconter l'évènement. Oubliant un détail, en ajoutant un autre. « Les remparts du château mesuraient cent mètres de haut ». « Les anglais vinrent par vagues jusqu'à ce que le château ne tombe entre leurs mains ». «Nous résistâmes et criâmes ». Et puis dans le grand recyclage de l'histoire, cela devient un roman, un vrai classique, de ceux que l'on étudie, vaguement ennuyés mais content tout de même bien des années après de l'avoir lu,  puis l'adaptation du roman en tant que film à gros budget avec des acteurs qui ne ressemblent absolument pas à l'image que l'on s'était faite des personnages. Et puis ce film est vu par tout un tas de petits gosses qui s'emmerdent le mercredi. Ils sont restés bouche-bée en regardant l'assaut du château. Même qu'ils n'ont pas mangé tous les Malteser.

 

Résultat, le dimanche d'après, c'est l'après-midi. Un temps de chien de novembre. Ils vont sur la plage avec toute une armada de pelles et de seaux dans les mains. Sur la promenade déserte des Anglais y traînent, caddies poussés devant eux et remplis de pinard, cherchant hagards, la direction de l'embacadère du Car-Ferry. Ils chantent. " It's a long way, It's a long way to tipperary...".  Les gosses se mettent à la tâche. "Faisons un château les gars, comme dans le film ». On connaît la suite. La vague arrive, les enfants crient, Louis XI ricane et Charles Darwin ronfle en rêvant de tortues qui parlent.

 

Le tour est joué.

 

On vient d'inventer des siècles pour emplir le temps fantôme.

 

 

Hipbone Slim And The Knee Tremblers : Snake Pit




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Samedi 15 novembre 2008
- Publié dans : Nanofictions

Le temps des humms C'est lorsque les silences forment des flaques entre nous. Les verres tintent bien sûr et nous parlons de cigarettes, de transparence du papier, pourquoi il est impossible de rouler le tabac à pipe par exemple. Pourtant et c'est dommage car cela sent tellement bon. Parfumé au Bourbon Whiskey du Kentucky. « Tiens, sens-le ». Mais entre ces flaques avec ces petits mots épars flottant dedans ; espars éparpillés au fil de nos regards mutuels, il y a ce humm. Le bourdonnement de la vie qui passe et peine à assurer sa prise sur la paroi gigantesque des jours lisses. Le humm. La soudaine conscience qu'au-delà du regard, des expressions, de la pièce, quelque chose proteste notre présence impuissante et la capitulation de nos rapports. Dans la rue, dans la cage d'escalier, dans la cuisine, dans l'ampoule, quelque chose vibre, quelque chose déborde de ce qui nous retient, de ce qui nous lie. Un arrière-plan monotone de drones, d'insectes, de petites cages thoraciques fragiles où bat un cœur électrique. Nous évitons ce grand lac entre nous - la table - où reposent les objets que nous avançons telles des pièces. Celles de nos liens en échec.

 

Et pourtant nous nous aimons.

 

Mais je ne sais pas comment vous aider.

 

Seul règne le humm, le temps doit accomplir son cycle, les étoiles doivent chavirer puis chavirer puis chavirer. Comme lorsque tu te tiens aux plats-bords du dériveur et que tu te penches d'un côté et de l'autre, recherchant la limite du dessalage. Ce moment où la coque donne l'impression de déraper sur une surface huileuse. La recherche d'une limite. Aller jusqu'à. Ne pas la dépasser.

 

Alors, à l'unisson, leurs chants tendus vers le même timbre, les humms s'unissent. Ronronnement du frigidaire, bruit d'élytre de l'ampoule, rauque marmonnement de la voiture, chuintement des câbles de la cage d'ascenseur, et puis très loin, par bribes, la circulation erratique du sang dans nos veines.

 

Quelqu'un dirait : le courant ne passe pas.
 
 

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Vendredi 24 octobre 2008
- Publié dans : Nanofictions

    

Nous étions rêveurs à la lisière de nos vies.

 

Avant que le jour ne craque

En éclats, brisures et lames

Affûtées à l'angle de la fenêtre,

Une multitude de flammèches grésillant à l'horizon.

 

Bien avant le jour bien avant,

Paix de la nuit.

 

Velours des fenêtres qui s'éteignent une à une, une à une.

Nous sommes las,

Nous ne sommes pas là.

 

Après la nuit tombée dans le vaste espace dessiné

De ce ventre opaque,

Ici, un vaste royaume sans sujets.

Ici, plus de limitations dictées par les mots.

C'est le règne de l'obscurité,

Le temps des ombres consistantes,

Matière palpable où la main reconnait visages, lieux, et temps.

Les distances s'étirent comme toi quelques fois,

Le fond de la pièce se trouve à un million de kilomètres de moi,

Il me faudra toute une vie pour la traverser.

 

Claquemuré dans le refuge de son murmure,

Eau qui goutte dans sa vasque d'encre,

Sirop noir au goût épais.

 

C'est comme une Terre nouvelle,

C'est comme une citadelle.

 

Dehors ni phares ni trafic.

Ni rien de particulièrement particulier.


Nous étions rêveurs à la lisière de nos vies.

 

   

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Lundi 25 août 2008
- Publié dans : Nanofictions

Fin Août, dimanche matin.

 

Voici que le matin survient et j'y surgis aussi. J'ouvre la fenêtre et les bourdonnements que j'y percevais derrière deviennent la voix nasillarde d'un haut-parleur qui erre dans les rues. Il supplie, il recherche des spectateurs pour le cirque. Un goéland plane au-dessus de l'asphalte. Son fuselage fait des ajustements de position afin de rester sur place. Ses ailes bougent à peine. Il a été cloué sur la voute du ciel. L'air est chargé d'une marée basse, son sel, son iode, sa vase. Des marcheurs avancent col relevé à la frontière de l'estran. Sur le verre de la fenêtre des zébrures apparaissent sans bruit. L'horizon se voile en un rouleau gris qui avance vers la ville. La mer y disparaît peu à peu, noyée par le brouillard de la pluie.

 

Fin Août, dimanche midi.

 

Sur la vitre s'entrelacent des fleuves minuscules. Ils s'unissent et se séparent. L'air est doux, presque tiède. Dans le lointain le haut-parleur invite au spectacle. Une musique déformée en jaillit. Cuivres alanguis aux sonorités putrides. Promesses d'incroyables sensations aux mots pâteux. Un sourire comme une blessure sur une affiche délavée.

 

Fin Août, dimanche soir.

 

Il y a quelque chose de pourri dans la Fin-Août. C'est un peu comme ces fruits que l'on tâte dans la corbeille après un bon repas en se disant "Dommage, il est trop mûr. J'aurais dû le manger hier ". La Fin-Août est comme cela. L'orange qui pare le couchant se voile d'ocre. Une procession de nuages noirs traverse le ciel comme une tache vient gâter la peau du fruit. Il y a dans l'air l'odeur de la pluie mélangée à celle du béton. L'orage roule au loin, les feuilles de l'arbre grésillent dans la rue déserte, le rideau devant la fenêtre ouverte se gonfle comme un ballon. C'est la Fin-Août. Il faut tout ranger en vitesse tandis que la pluie tombe à grosses gouttes sur les bras. le fauteuil sur le balcon.  le verre oublié avec un fond d'on ne sait quoi tout collé. Le soleil entame son exode. La fenêtre se referme. Quelque chose comme une inquiétude nous fait frissonner : "Ai-je profité de mon été ?"

 

 

 


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Samedi 9 février 2008
- Publié dans : Nanofictions

homme_valise_P1010062-copie-2.jpg
 

La photo n’avait rien de particulier. C’était un dimanche je crois. 8h ou peut-être 8h30. J’avais ouvert la fenêtre au voile frais et bleuté du matin. Les goélands dormaient encore et les chalutiers fouillaient l’horizon. Al-Minaq, la ville, entonnait le jour. En découvrant l’image j’ai pensé : « vernaculaire ». C’est toujours ce que disait Ali Khan lorsque je lui en montrais une de ce type. Il tapotait dessus avec son gros doigt, hochait la tête et disait « ver-na-cu-laire ».
 
Je n’ai d’abord rien vu d’autre que ce que j’avais regardé ce matin là. J’étais déçu. Car lorsqu’une photo montre ce que l’on voit déjà avec son œil, alors elle ne semble rien dire.
 
Je ne me souviens pas exactement ce qui m’a poussé à fouiller dedans. Peut-être l’ennui et l’ennui est souvent d’un bon conseil. Il ne fait rien pour lui-même, n’a pas d’idées préconçues. D’ailleurs l’univers est sans doute né de l’ennui.
 

homme_valise2.jpg
 

C’est lorsque j’ai mieux regardé que j’ai compris. L’homme qui marchait seul sur les galets portait une valise. En soi porter une valise n’a rien d’extraordinaire. Mais en porter une sur la plage, le matin, n’est pas chose ordinaire. L’homme semblait pressé, vaguement résigné, tout accaparé par l’idée de porter son bagage. Il semblait lourd, de celui que l’on emporte pour un long voyage, tout comprimé des effets les plus hétéroclites d’une vie en exode.
 
Mais tandis que je scrutais le visage à-demi esquissé du porteur anonyme, je pris conscience d’un fait bien plus étrange encore. L’homme semblait venir du rivage. Oui c’était cela. Il arrivait de la mer. D’ailleurs, en agrandissant encore la photo, il me semblait voir ses vêtements dégoulinant d’écume fraîche.
 

homme_valise3.jpg
 

Le soir même je filais à l’auberge du Dragon de Mer et jetais la photo sur le comptoir devant Ali Khan. J’attendais sa réaction en scrutant son visage, fier de ma découverte. Il ne sembla pas étonné. Tournant le cliché sous tous les angles, il hochait la tête. Puis sans même me regarder il me le rendit. Il se retourna vers sa pinte de Blanche Hermine. « Un Errant » dit-il avant d’en boire une grande lampée.
 
Lorsqu’elle fût vidée, Il m’expliqua que les Errants surgissaient souvent de l’océan mais qu’il était rare d’en surprendre un au petit matin. Personne ne savait d’où ils venaient. On pouvait en voir dans les ruelles tortueuses d’Al-Minaq mais on ne les remarquait pas forcément. Ils marchaient rapidement et disparaissaient au premier coin de rue. Leur visage était souvent brouillé, toujours inquiet.
 
Je lui demandai ce qu’ils transportaient dans leur valise. Ali haussa les épaules. Sa tête faisait des dénégations comme si – bien que muet - je m’étais opposé à lui. « Rien. Ou peut-être... Enfin… personne ne sait vraiment. Il faudrait d’abord qu’eux mêmes en trouvent la clé pour le savoir ».


  
Article publié aussi sur : http://shavertron.over-blog.com


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Lundi 19 novembre 2007
- Publié dans : Nanofictions

LIFT OFF !


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