Ce matin j'ai vu un vieil homme qui marchait dans la zone industrielle en tenant son vélo sur le côté. Sur son porte-bagages il y avait un cageot de bois attaché par des tenders. Il portait un jean, une chemise, un gilet molletonné et une toque à oreillettes toute tachée. Il s'est arrêté devant le container à poubelle de notre entreprise. Il en a sorti une palette. Il l'a mise debout, l'a calée sous son bras gauche et repris son chemin en tenant le vélo de la main droite. Il s'est arrêté au bord de la route pour traverser. Un camion semi-remorque entouré d'un halo de pluie est passé devant lui.
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L’Interzone est un terme qui trouve son origine dans le livre de William Seward Burroughs le plus connu, le Festin Nu. Je ne sais pas si
lui-même a forgé ce mot où s’il l’a repris d’un autre contexte. Dans le Festin Nu, l’Interzone est un pays imaginaire situé en Afrique. L’une des caractéristiques de ce pays est de
n’apparaître sur aucune carte.
Sans même en connaître le sens qu’il lui donne dans son œuvre, Interzone est un mot qui se prête facilement à être investi d’une
signification plus large selon la logique floue de l’appropriation des signes. Une requête rapide sur Google montre qu’à ce jour, 761.000 pages web contiennent le mot Interzone (sans
compter les dérivés Inter-zone, Interzones, Inter_zone, I.N.T.E.R.Z.O.N.E.). Cela tient bien entendu à la notoriété de l’œuvre de Burroughs dans le public mais aussi, je le pense, à la
nature même de ce mot quant à son pouvoir d’évocation (et d’invocation).
Interzone est un mot composé de deux éléments facilement identifiables : « Inter » et « Zone ».
« Zone » évoque bien évidemment l’idée de lieu mais sans faire référence à aucune localisation géographique où destination
utilitaire de ce lieu. Selon le dictionnaire, Zone se définit comme une large portion d’espace ou de territoire. Dans son acceptation actuelle (qui n’est pas forcément celle de Burroughs
à l’époque de la rédaction du Festin Nu), « Zone » nous évoque un lieu vidé de ses qualités intrinsèques, un lieu générique ou bien dédié à une utilisation unique, voir un lieu
dévalorisé. Des expressions telles que « j’habite dans la zone », « C’est la zone par là-bas », instillent une dépréciation du lieu considéré, dépréciation qui
s’attache à leurs habitants mêmes lorsque l’on évoque l’idée d’être un « zonard ». Il est intéressant de noter que « Zonard » s’applique souvent à une personne sans
domicile fixe, c'est-à-dire non rattachée à un lieu. La « Zone » serait donc au final une sorte de non-lieu. De ces deux attributs du mot Zone : délimitation et négation,
on peut inférer que toute Zone est un lieu spécifique soit non investi, soit pas encore investi, ou bien encore désinvesti de toute imprégnation humaine. Une « zone » n’est pas
pour autant un désert, car le désert est un paysage spécifique, ce que la zone n’est pas. La « zone » est par nature, absence de paysage.
« Inter » signifie « entre » en Latin. C’est un préfixe qui recouvre plusieurs concepts. Ce peut être l’évocation de
l’espace entre deux choses (interstice, intervalle), la répartition ou la relation réciproque (international, interdépendance) ou bien encore la partie commune de deux éléments différents
(intersection).
Interzone peut donc se lire comme l’interdépendance, l’intersection, et l’espace soudainement révélé entre deux univers. Une bonne image
consiste à comparer ce non-lieu aux zones de fractures géologiques qui voient des plaques tectoniques s’opposer, se fondre, se confondre, s’annihiler ou se repousser. Toute Interzone est
donc une faille, l’intersection de deux mondes, telle celle de San Andreas qui barre le sol de la Californie.
Toute faille, toute rupture offre la possibilité d’une recomposition de sa perception. Face à une « faille » du réel, c’est
alors la possibilité pour l’observateur d’exprimer, expulser, projeter son paysage intérieur. Ce phénomène naturel est le plus souvent nié et réprimé par l’observateur. Car devant une
faille de ce qui est connu et reconnu, la tentation est grande de ne pas voir, pas regarder, pas expérimenter. A ceux qui osent l’Interzone, le bonheur d’Etre s'offre spontanément. Une
sorte de rééquilibrage entre la pression de l’extérieur et la frustration de l’intérieur semble s’accomplir. Le corps se détend. L’esprit se met à babiller. Le Réel devient alors magie
sous l’influence combinée d’une « zone » instable et d’un monde intérieur qui coule enfin à la lumière. J’insiste sur le fait que l’expérimentation de l’Interzone est une brève
thérapie du Réel car c’est enfin le moment où l’individu devient l’égal des conditions dans lesquelles il baigne.
Les trois photos qui suivent sont la trace d’un moment de bonheur absolu. Il s’agit de la découverte dimanche 10 Février 2008 à 11h31mn36s
d’une Interzone à quelques centaines de mètres de chez moi. Le lieu se présente sous la forme d’un triangle (forme hautement magique) situé aux coordonnées spatiales Latitude 49° 30' Nord
- Longitude 0° 06' Est.
Ce qui frappe dès que l’on parvient à cet endroit et que l’on pose le pied dans ce lieu, c’est l’atmosphère de paix qui s’en dégage.
Aucune raison particulière ne semble être à l’origine de cette Interzone. Tout aussi symbolique que sa forme triangulaire, son parterre d’herbe est traversé d’un petit chemin de goudron.
J’appelle secrètement ce chemin la Route du Pèlerin et ce parterre d’herbe la Prairie Enchantée. Si l’Interzone était d’une autre forme que ce triangle, je n’hésiterais pas à lui prêter
toutes les caractéristiques et qualités propres aux Cercles de Fées des Temps Anciens.
Mais les Interzones ne sont pas uniquement de nature géographique (à suivre).
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Article publié conjointement sur : |
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http://interzones.over-blog.com
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Elément N°1 :
Il faudrait pouvoir s’endormir Puis se réveiller Comme si nous ne connaissions pas le monde. Oublier les rues Ne plus connaître leurs noms Ne plus distinguer la porte sur le mur, La charnière sur la fenêtre, Mais seulement percevoir des taches de couleur. Que cette ville re-devienne une sculpture, Une entité minérale, Une géode. Il faudrait pourvoir s’endormir Puis se réveiller
Et dire :
NOUS VENONS D’UN SYSTEME LOINTAIN NOUS N’AVONS PAS DE PREJUGES NOUS N’AVONS PAS DE NOM NOUS NE FAISONS QU’OBSERVER NOUS SOMMES EN PAIX |
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Elément N°2 : Définition du paysage contenue dans la Convention Européenne du Paysage, signée dans le cadre du Conseil de l'Europe en 2000 : « Le paysage définit une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations ». |
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